L’utilisation d’emballages en verre est à l’origine d’une part conséquente des consommations d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par l’agriculture. Afin de concilier l’utilisation de verre avec la transition écologique, l’IRA2E œuvre pour le retour de la consigne en PACA, une solution 3 fois moins polluante que le recyclage !
CONTEXTE ET ENJEUX
Disparue dans les années 80 au profit du tout jetable, le réemploi des contenants en verre – appelé plus couramment “consigne” – fait aujourd’hui son grand retour en France et dans notre région. Réduction des émissions de gaz à effet de serre, économies d’eau et d’énergie, solution à la volatilité du marché verrier, la consigne a tout pour plaire !
OBJECTIFS ET SOLUTIONS
La consigne des emballages en verre est une démarche qui intéresse et motive un nombre grandissant d’agriculteur·rice·s de différentes filières, le souhait étant de réduire l’empreinte carbone de sa ferme et de trouver une alternative à la volatilité du marché verrier. Dans ce contexte, l’IRA2E contribue depuis 2021 au (re)développement de la filière de réemploi en région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Nos missions sont les suivantes : mener des actions d’information et de sensibilisation sur la consigne auprès du secteur agricole, et accompagner des exploitations agricoles à la mise en place de ce changement de pratique.
LE RÉEMPLOI, C'EST QUOI ?
Le réemploi désigne toute opération par laquelle des substances, matières ou produits qui ne sont pas des déchets sont utilisés de nouveau pour un usage identique à celui pour lequel ils avaient été conçus (Article L541-1-1 du Code de l’Environnement). Le réemploi s’applique ainsi aux contenants en verre utilisés pour la mise en bouteille ou l’emballage des productions agricoles transformées telles que le vin, les jus de fruits, la bière, les yaourts, le lait, le miel …
Le principe est simple, il consiste à laver les bouteilles ou bocaux une fois le contenu consommé, puis à réintégrer les contenants propres au sein des circuits de distribution afin qu’ils puissent à nouveau remplir leur fonction.
La notion de « consigne » est souvent employée comme synonyme de réemploi. La consigne correspond plus précisément à une somme d’argent équivalente au montant supplémentaire que le consommateur a payé au moment de l’achat du produit contenu dans un emballage consigné. Cette démarche présente l’avantage de maximiser le taux de retour des emballages en point de collecte, cependant la mise en place d’une consigne monétaire n’est pas obligatoire dans le cadre du réemploi.
POURQUOI CONSIGNER SES EMBALLAGES EN VERRE ?
Les diagnostics effectués par l’IRA2E auprès d’exploitations agricoles mettent en évidence que l’utilisation d’emballages en verre est à l’origine d’une part conséquente des consommations d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par l’agriculture. Pour la filière viticole, il s’agit même du premier poste d’émission de CO2 (voir graphique ci-dessous) à l’échelle des exploitations.
En effet, la fabrication du verre est très énergivore et émet beaucoup de CO2 : extraction et acheminement de matières premières minérales, fonctionnement de fours à 1 500°C … Suite à sa fabrication, le verre doit également être acheminé jusqu’à son destinataire, c’est pourquoi il est estimé que la production d’1 kg de verre génère en moyenne l’émission de 0,81 kg de CO2 dans l’atmosphère (source : Base Carbone).
Le recyclage du verre est un premier pas vers la réduction de l’empreinte écologique du verre, cependant son impact environnemental est environ 4 fois supérieur au réemploi. En effet, le réemploi permet, lorsqu’il est effectué dans un contexte régional, de diminuer les émissions de gaz à effet de serre à hauteur 79 % par rapport à la fabrication de bouteilles recyclées (source : étude de Deroche Consultants, 2009). Le réemploi permet également de pallier la volatilité du marché du verre en termes de coût et d’approvisionnement.
En région PACA où la viticulture est prépondérante, environ 40 millions de bouteilles de vin seraient produites et consommées localement (chiffres estimés par Ecoscience Provence en 2018). Les bouteilles provençales sont parmi les plus émettrices de gaz à effet de serre, principalement parce que le rosé, qui est un produit emblématique de la région, est mis en valeur au sein de bouteilles en verre extra-blanc (soit 0 % d’incorporation de verre recyclé).
RECYCLAGE VS RÉEMPLOI
Le réemploi, lorsqu’il est effectué dans un contexte régional, permet de diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) et les consommations d’énergie à hauteur de 79 % et 76 % respectivement par rapport à la fabrication de bouteilles recyclées (source : étude de Deroche Consultants, 2009).
En effet, le recyclage des bouteilles nécessite la refonte du calcin (matière recyclée) et l’incorporation de matières premières carbonées (sable, carbonate de soude et carbonate de calcium) pour la fabrication de nouvelles bouteilles. Ce procédé implique le fonctionnement de fours verriers chauffant la matière à 1 500°C pendant environ 24 heures afin de provoquer une réaction de fusion (source : Verallia). Au cours de ces opérations, une quantité importante de CO2 est produite, un processus qui n’a pas lieu d’être dans le cas du réemploi, puisque les contenants ne sont pas cassés ! A ces paramètres s’ajoute celui de la consommation de carburant nécessaire au transport des bouteilles recyclées, souvent sur de longues distances.
Contrairement aux idées reçues, le fait de laver les bouteilles pour le réemploi ne consomme pas plus d’eau que le processus de recyclage. Au contraire, le réemploi permet de diminuer de 33 % les consommations en eau par rapport au recyclage, car de l’eau est utilisée lors des opérations industrielles nécessaires à la fabrication du verre. De plus, le lavage des bouteilles consignées est effectué en circuit semi-fermé, ce qui explique également ce chiffre.
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Étude DEROCHE CONSULTANTS
Bilan environnemental de la bouteille en verre consigné « 75 cl Alsace » commercialisée dans l’Est de la France par comparaison avec une bouteille en verre à usage unique.