Mati’Air

Le projet Mati’Air vise à accompagner les agriculteur·rice·s à la mise en place des pratiques agricoles de substitution des engrais azotés et des solutions alternatives au brûlage à l’air libre des résidus viticoles au travers de chantiers pilotes.

CONTEXTE ET ENJEUX

La pollution de l’air est un enjeu de santé publique et climatique important en Provence-Alpes Côte d’Azur : problèmes respiratoires, maladies cardio-vasculaires, maladies chroniques… En 2020, la région dépassait les seuils fixés par l’Organisation Mondiale pour la Santé (OMS) sur la qualité de l’air pour les particules fines en particulier (PM2.5 et PM10), la totalité des particules en suspension dans l’air (TSP) et l’ammoniac (NH3).

Ces émissions proviennent principalement de l’utilisation intensive d’engrais azotés et de leur transport, de la pratique courante du brûlage à l’air libre des résidus agricoles, ainsi que de la (mauvaise) gestion des effluents d’élevage.

Concernant les sols, les sols méditerranéens figurent parmi les plus pauvres en matières organiques, facteur aggravant de sécheresse et désertification, ceci est d’autant plus vrai en Provence-Alpes-Côte d’Azur du fait des pratiques historiques (travail du sol important, désherbage chimique, fertilisation minérale, pas d’apport de matière organique…). 

Or, les actions menées pour améliorer la qualité des sols permettent une meilleure résilience face aux changements climatiques (vie du sol, rétention hydrique notamment) sachant que notre région y est particulièrement exposée. 

Depuis 2017, plusieurs études et actions ont été menées pour améliorer la qualité de l’air, notamment à travers le projet Agr’Air et les quatre Plans de Protection de l’Atmosphère (PPA) en Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

Ces initiatives ont permis d’approfondir nos connaissances sur les différentes voies de valorisation des matières organiques agricoles, en particulier le retour au sol. Elles ont également mis en évidence les intérêts agronomiques de nouvelles pratiques, fourni des données technico-économiques, et identifié les freins et leviers au changement. Elles ont contribué à encourager l’évitement du brûlage à l’air libre et à expérimenter certaines pratiques d’adaptation à la crise climatique, notamment :

  • les alternatives au brûlage à l’air libre des résidus de viticulture
  • le développement de  l’usage de compost local

Les travaux menés autour de l’amélioration de la qualité de l’air montrent des effets positifs sur l’ensemble du système agricole et territorial : 

  • diminution des polluants atmosphériques, 
  • amélioration de la qualité des sols (vie du sol, rétention hydrique, augmentation du taux de carbone et de la matière organique), 
  • amélioration des performances économiques des exploitations, 
  • collaborations territoriales… 

OBJECTIFS ET SOLUTIONS

Le projet Mati’Air vise à accompagner les agriculteur·rice·s à la mise en place des pratiques agricoles de substitution aux engrais azotés et des solutions alternatives au brûlage à l’air libre des résidus viticoles au travers de chantiers pilotes. Il s’agira en parallèle de faire monter en compétences et  de sensibiliser les acteurs et actrices de la filière  (agriculteur·rice·s, collectivités, plateforme de déchets verts, chaufferies et centrales biomasse…) sur les solutions permettant de réduire les émissions d’ammoniac et de particules.

Visite Alamande Collobrière

Enfin, l’évaluation des actions pilotes dans une approche complexe (qualité de l’air, économique, externalités positives environnementales et d’usages…) permettra de renforcer les capacités de toutes les actrices et tous les acteurs engagé·e·s pour l’amélioration de la qualité de l’air et vers des pratiques agricoles innovantes.

AXE 1 - UTILISER LE COMPOST DE BIODÉCHETS ALIMENTAIRES

Les fertilisants azotés de synthèse et certains amendements du commerce engendrent des émissions de polluants atmosphériques et de GES lors de leur production, transport et utilisation. Afin de les remplacer par un amendement fertilisant naturel et local, nous expérimentons l’usage du compost issu des biodéchets alimentaires, notamment issu des cantines scolaires, EHPAD ou encore des restaurants, dans deux exploitations viticoles. Il s’agit du domaine Bunan au Castellet et du domaine L’Allamande à Collobrières qui amendement leurs parcelles en production avec du compost de biodéchets alimentaires.

Ce compost est produit à moins de 100km des exploitations pilotes par Les Alchimistes Côte d’Azur, limitant le risque de rupture d’approvisionnement et les émissions de GES liées au transport. Son rapport qualité prix est intéressant tout en offrant des débouchés pour les producteurs de compost. De plus, il possède un taux élevé de nutriments pour la plante (taux NPK) sans risque de pollution des nappes phréatiques et est compatible avec l’Agriculture Biologique.

Les 2 domaines ont reçu sur 2 années consécutives des apports de composts selon 2  modalités (témoin,  10t/ha et 20t/ha). Des analyses de sol ont été effectués et les sondes tensiométriques permettent de suivre l’impact généré concernant le taux d’humidité du sol. Ce suivi agronomique des vignes est réalisé par la Chambre d’agriculture du Var.

AXE 2 - VALORISER LES DÉCHETS DE PÉPINIÈRES VITICOLES

L’activité de la pépinière viticole vauclusienne génère une importante quantité de déchets organiques lors de la production de porte greffe issus de vigne mère, pour grande partie non valorisé car brûlé à l’air libre.

Des travaux de mise en place de filière de valorisation ont été effectués par la Chambre d’Agriculture de Vaucluse et le syndicat de la pépinière viticole de Vaucluse dans le cadre de l’appel à projet Fili Déchet 2020.

Les filières étudiées ont été le retour au sol des déchets de vigne mère broyés, en paillage sur une parcelle expérimentale de cerisier située sur l’exploitation agricole du campus Provence ventoux, la valorisation matière, la valorisation par chimie verte et la valorisation énergétique. 

Il s’ agit  de poursuivre ces travaux sur les volets : 

  • retour au sol, avec la poursuite du suivi agronomique (adventices et fertilité du sol) de la parcelle de cerisier après renouvellement du paillage sur le rang à base de broyat de déchets de vigne mère,
  • chimie verte, avec recherche de molécules à haute valeur ajoutée par des techniques d’éco extraction dans différents porte greffes,
  • ecomatériaux, afin d’identifier les pistes potentielles de valorisation au travers de travaux R&D.

AXE 3 - BROYER LES DÉCHETS POUR UN RETOUR AU SOL

Le broyage des bois d’arrachage en viticulture est une pratique innovante qui nécessite un suivi et un accompagnement dans les parcelles test. En effet, cette technique exige des broyeurs spécifiques aux ceps et aux souches de vigne, mais aussi une préparation adaptée des parcelles pour le passage du broyeur (il faut enlever les piquets et les fils porteurs). Il est également indispensable de surveiller l’apparition de maladies et d’étudier les effets agronomiques de ce broyat sur les sols.

La dégradation du broyat de souches étant très longue, il est essentiel de suivre les parcelles pilotes sur plusieurs années pour faciliter ensuite l’adoption de cette pratique. Pour cela, une exploitation viticole entame l’expérimentation sur une parcelle renouvelée. 2 parcelles sont accompagnées et suivies depuis plusieurs années aux niveaux agronomique, sanitaire et économique.

AXE 4 - TRANSFORMER LES RÉSIDUS AGRICOLES EN ÉNERGIE

Une autre technique vient en alternative au brûlage à l’air libre des déchets agricoles dus à l’arrache en viticulture et en arboriculture : la valorisation énergétique. Il s’agit ici d’utiliser les résidus agricoles comme combustibles pour produire de l’énergie (chaleur et électricité) en chaufferies. Suite aux expérimentations menées, il faut désormais soutenir la structuration de la filière en facilitant les aspects techniques (quantité et qualité du gisement, transport, analyse de la qualité du produit final et sécurisation économique de la filière).

Infographie “exportation des ceps et souches arrachés, broyage en plateforme, valorisation en centrale biomasse”

BÉNÉFICIAIRES​

Exploitations viticoles

Exploitations arboricole

En s’appuyant sur ces connaissances et enjeux, l’IRA2E poursuit ses actions auprès des agricultrices et agriculteurs pour améliorer la qualité de l’air tout en permettant la montée de compétences, l’innovation et les collaborations locales. C’est ce que propose le projet Mati’Air, financé par l’ADEME dans le cadre de son Appel à Projet AgriQAir 2023. 

Il est porté par l’IRA2E et coordonné par le Geres, rassemblant des acteurs et actrices de l’IRA2E comme les Chambre d’agriculture des Bouches du Rhône, du Var et du Vaucluse, ainsi que des partenaires du territoire, Les Alchimistes. Certains acteurs économiques et institutionnels (ADEME PACA, DREAL, Région Provence-Alpes-Côte d’Azur)  renforcent la légitimité et les compétences spécifiques de l’équipe projet.

 

Durée du projet : 2,5 ans (janvier 2024-octobre 2026). En cours : Axe 1, 2, 3 et 4

Pour plus d’informations, veuillez contacter Marc Glass, expert du Geres au +33 (0)4 42 18 61 14 – m.glass@geres.eu .

POUR ALLER PLUS LOIN

Pour plus d’informations, veuillez contacter Romain Gateau, conseiller spécialisé environnement et énergie à la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône : r.gateau@bouches-du-rhone.chambagri.fr